novembre 19, 2020

Le coronavirus, ou la mort des soignants Français.

​par  Thibauld

Merci beaucoup pour tous ces applaudissements, ça met du baume au cœur.
Mais ce n’est pas assez.

 

En France, les soignants n’en peuvent plus.

Si vous n’êtes pas soignants, ou n’en avez pas d’en votre entourage, vous ne pouvez pas comprendre ce que le Covid nous inflige.

Parce que le coronavirus, n’est pas qu’une pandémie.
Ce n’est pas seulement faire face à d’innombrables décès, parfois dans des conditions déplorables.
C’est aussi le  coup de grâce porté aux soignants de France.

Faire face à la maladie, c’est aussi faire face à la peur.

Peur de ne pas pouvoir faire ce qu’il faut par manque de temps ou de moyens.
Peur de voir l’état des patients se détériorer à une vitesse faramineuse, sans rien pouvoir faire.
Peur de ne pas être à la hauteur.

Les soignants se donnent toujours à fond.

C’est le principe même du métier : Donner de sa personne et faire de son mieux.
Mais le Covid 19 est une maladie vraiment vicieuse.
L’état de santé des patients avec des symptômes assez tranquilles (ou pas d’ailleurs) peuvent s’aggraver hyper rapidement et parfois la situation devient complétement hors de contrôle.

Quand on fait la formation d’infirmier, ou d’infirmière ou vous dit,

« Attention n’espérez pas sauver tout le monde, si vous faites ce métier pour sauver des vies, arrêtez tout. »

Et quelque part c’est pas faux.
Mais lorsque ça prend une ampleur aussi grande que celle du Covid, ça devient tellement vrai que s’en est douloureux.

Alors bien souvent, quand on a terminé son poste on rentre chez soi et on essaie de tourner la page pour se consacrer à notre vie personnelle et familiale.
A faire des trucs qu’on aime et essayer de laisser le boulot au boulot.
Ce n’est pas quelque chose d’évident au vu de notre responsabilité sur le terrain.
Dès qu’une situation sort des sentiers battus, que l’on ne parvient pas à poser un diagnostique, que la situation familiale soit compliquée ou que le patient soit en fin de vie, la transition est beaucoup plus difficile.

Et ça l’est d’autant plus quand on est étudiant ou jeune diplômé, du au manque d’expérience, mais en général ça devinent plus facile avec le temps.

Sauf que cette fois c’est différent.

Le Covid nous poursuit partout.
Nous n’échappons pas aux règles, le confinement s’applique à nous aussi.
Mais en plus de la tension ambiante, les soignants font face à des choses innommables.

Certains ont même reçu des lettres de menaces et insultes.
Ou pire, des lettres leur demandant de bien vouloir quitter leur appartement pour protéger les autres résidents de l’immeuble en disant que les soignants sont les vecteurs du virus.
Il y a même eu un médecin en Belgique qui a été expulsé de son propre appartement… carrément expulsé !

Sans parler de la peur de contracter le virus ou de le transmettre à sa famille…
C’est horrible parce que la pression est présente au travail, mais aussi quand on rentre à la maison.
On ne sort jamais de cette ambiance là.

En faisant mes recherches je suis tombé sur plusieurs témoignages d’infirmières comme par exemple :

« C’était trop éprouvant pour mes enfants et je m’inquiète pour mes beaux-parents chez qui je vis. Ce sont des ‘personnes à risque’. Tous les soirs, je devais rentrer par la cave, je me douchais et je lavais immédiatement tous mes vêtements portés ainsi que la serviette de douche. »

C’est une pression constante, et on en demande toujours plus.
Parce que pour éviter de faire venir du personnel et du monde en plus, dans certains endroits on demande aux infirmières de s’occuper également du ménage.

C’est vraiment la goutte d’eau qui fait déborder le vase quand on sait que beaucoup de soignants ont dû passer de journées de 8h normale,  à des journées de 12h, ce qui donne parfois des semaines de plus de 60 heures !

On manque tellement de personnel que pendant un temps (j’espère que ce n’est plus le cas) les soignants malades du covid ou ayant des symptômes ont dû revenir à l’hôpital, malgré leur état de santé, parce qu’il n’y a pas le choix !

Les retraités, qui ont travaillé toute leur vie ont du revenir à l’hôpital.

Vous imaginez ?

Travailler pendant plus de 40 ans et au moment d’enfin se reposer il faut y retourner !
Sans oublier que la gravité de la maladie et le taux de mortalité augmente avec l’âge ! Super pour les retraités !

Les étudiants en médecine, ou infirmier ont été réquisitionnés bien souvent pour travailler dans des conditions désastreuses et pour un salaire minable.
En tant que nouveau diplômé, on est pas tout à fait sûr de soi. C’est normal, ce sont les débuts. 
Alors imaginez ce que c’est lorsque vous êtes encore étudiant, et vous retrouvez jeté dans la nature..

C’est tellement violent que certains étudiants réquisitionnés décident d’arrêter leurs études !
C’est grave !
J’ai trouvé un autre témoignage d’une infirmière qui travaille en unité Covid et a du travailler avec des étudiants.

« Nous n’avons même pas eu le temps de les former. Elles ont été envoyées au turbin. À 20 ans, on ne devrait pas vivre cela. Il y en a beaucoup qui ne s’en remettront jamais. Comment l’État a-t-il pu laisser faire cela ? »

Les retraités qui ont répondu à l’appel lors de la première vague sont sont bien moins présents aujourd’hui, pour cause d’épuisement, de maladie ou simplement pour se protéger.

Les soignants en arrêt maladie sont de plus en plus nombreux, soit à cause du Covid, soit à cause d’un Burn out.
Et il y en a de plus en plus qui quittent leur poste en hôpitaux publiques pour travailler dans le privé, où les conditions de travail sont un peu meilleures.

Ou pire, beaucoup de soignants en particulier infirmiers arrêtent le métier et passent à une reconversion !

En réponse à ce manque de plus de 34 000 infirmieres L‘Assistance Publique des Hôpitaux de Paris (APHP) demande à ce que les postes passent en 10 ou 12h par jour.

Ce qui veut dire : 

  • Plus de travail
  • Plus de pression
  • Conditions de travail sont de pire en pire
  • De plus en plus de départs et d’arrêts maladies…

C’est un cercle vicieux !

Alors vous me direz :

« Oui mais c’est pas la faute de l’état si il y a une pandémie, ils n’auraient pas pu le planifier. »

Et vous aurez raison : La pandémie en elle-même, ce n’est la faute de personne !

Là où l’État a fait une erreur, c’est quand il a refusé d’écouter les soignants quand ils se sont fait entendre en descendant dans les rues

On se bat depuis les 20 dernières années, pour faire reconnaitre nos professions, en particuliers les infirmiers, pour améliorer les conditions de travail qui sont déplorables, pour une augmentation de salaire, pour plus de moyens et de budgets… et ce d’autant plus depuis la loi sur la tarification à l’acte, qui a transformé l’hôpital en usine.

C’est-à-dire faire toujours plus, en moins de temps, sans mise à niveau du salaire.

Les conditions de travail se sont dégradées au fil des années, le numerus clausus a été réduit pour les étudiants en médecine à un point où il était extrêmement difficile de passer la deuxième année, ce qui a par conséquent diminué le nombre de médecins de façon drastique.
C’est pour ça que l’État a augmenté le numérus clausus et supprimé le concours d’entré pour les études d’infirmiers. Parce qu’ils se rendent compte qu’ils ont laissé la situation s’aggraver pendant des années.

Sauf que les conséquences de cette méprise se ressentent aujourd’hui évidemment, mais on la ressentira encore plus dans quelques années quand les soignants actuels auront arrêté leur métier.

Là où le Coronavirus est un coup de grâce envers les soignants, c’est que le mental, la ténacité et de nombre de soignants n’était déjà pas optimal lorsque la crise a commencé.

Être battant, c’est le propre de tout soignant, mais il y a un moment où le moral en prends un coup.

Alors oui, il y a eu le Ségur de la Santé mais est-ce que c’est suffisant ?

Pour faire court, le Ségur se la santé, est un plan qui a été mis en place par le gouvernement, avec pour objectif de :

  • Transformer les métiers et revaloriser les salaires des soignants
  • Définir une nouvelle politique d’investissement et de financement au service des soins
  • Simplifier les organisations et le quotidien des équipes
  • Fédérer les acteurs de la santé au niveau national et régional

Pour se faire, 33 mesures à progressivement mettre en place ont été adoptées. Elles proposent entre autres :

  • Ajout de 4000 Lits à la demande (Une bagatelle quand on voit que 4200 lits ont été supprimés uniquement en 2018)
  • Diminution de la pratique de la T2A et développement de la médecine digitale
  • Limiter les extravagances salariales de l’intérim
  • Rénovation d’un quart de places EHPAD
  • 8,1 Milliards prévus pour la revalorisation des salaires (ce qui correspond à 190e d’augmentation à peu prés)
  • 15 000 Recrutements dans l’hôpital publique

Alors sur le papier, c’est pas mal !
Mais ça suffit encore pas.

Oui c’est 19 milliards d’euros. C’est beaucoup.
Mais même avec cette augmentation le salaire Infirmier n’atteint pas la moyenne européenne, et la plupart des mesures ne seront effectives que dans plusieurs années.

Ça ne compense même pas les années de restrictions budgétaires, de suppression de lits et de postes.

Ça ne compense pas le nombre de postes vacants.

Ça ne compense pas le mal que l’état a fait au système de santé pendant toutes ces années

Et surtout, ça ne pardonne pas ça :

Alors non, je ne suis pas optimiste.
Selon la CGT, il faudrait une enveloppe de 57 milliards pour améliorer la condition de travail des soignants, et rattraper la perte du pouvoir d’achat depuis tout ce temps.

M’enfin bon.

Au moins, on a eu une médaille.

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